Tout a été dit sur le 1er avril, y compris beaucoup d'âneries.
Parfois avec des références religieuses, par exemple, affirmant que le poisson étant le dernier signe de l'Hiver, nos anciens auraient voulu prolonger la période de carême, période pendant laquelle la consommation de poisson était la seule autorisée, mais on ne sait pas trop quelle aurait été la motivation… alors on s'offrait des poissons !?
Il a été aussi supposé que pour se moquer de l'idiot du village, on lui aurait offert un poisson au moment ou la pèche était prohibée, puisqu'on était en pleine période du frai.
Explications un peu légères, et peu fondées.
La réalité était tout autre.
Le roi Charles IX avait décidé en 1564 que l'année commencerait le 1er janvier, alors que jusqu'à ce moment, elle commençait le 1er avril.
N'y a-t-il pas meilleur moment pour commencer une année que de la commencer au printemps ?
Mais le roi avait décidé autrement.
Il voulait que cette année démarre au début de l'hiver, ce qui est plus que contestable.
L'hiver n'est-il pas la fin d'un cycle, plutôt que le commencement d'un autre ?
Le printemps n'est-il pas au contraire le commencement ?
C'est ce que nos anciens contestataires pensaient.
Alors, par défi à l'autorité du monarque, ils décidèrent de continuer à s'offrir des cadeaux.
A cette époque, la contestation n'était pas de mise, et ils se servirent de l'humour pour affirmer leur refus.
Geste courageux, et non violent, qui n'aurait pas déplu au Dalaï Lama, ils décidèrent donc de continuer la tradition, en s'offrant, comme il est de mise, des cadeaux.
Mais la défiance face au pouvoir ayant ses limites, ils s'offraient des cadeaux « bidon ».
C'était le jour des fous.
On s'offrait des cadeaux humoristiques, on se faisait des blagues, on organisait des tours « pendables », sans risquer de provoquer l'ire royale.
C'est une leçon que devraient méditer les contestataires de tout bord, car plutôt que de défier CRS et autres gardes mobiles, la pratique de l'humour est une réponse difficile à maitriser, à contrôler, et in fine, a punir.
Cette logique de contestation a été très présente lors des évènements de mai 68.
L'humour était présent quotidiennement, et pour s'en assurer, il suffit de redécouvrir les slogans de mai 68.
Les « guignols de l'info » de canal plus en sont une preuve évidente : l'humour est une arme plus efficace que la plus hautedles barricades.
Quand une humoriste, pourvue de paroliers inventifs et drôles met en scène une petite saucisse, pour se moquer du pouvoir en place, elle ne fait rien d'autre que de perpétuer une logique de contestation efficace et cruelle, qui a beaucoup plus d'effets que toutes les violences pratiquées parfois en banlieue.
Quand des reporters sans frontières arborent un drapeau olympique dont les anneaux ont été remplacés par des menottes, ils font beaucoup plus pour la liberté, et la défense des droits de l'homme qu'un homme qui se transforme en torche vivante.
Quand un artiste montre du doigt une présidence « bling bling », il a beaucoup plus d'efficacité dans la lutte contre un pouvoir autiste, armé seulement de médias à sa botte, et de services de renseignements qui tentent de mater la révolte, même au cœur de l'internet.
L'humour n'est-il pas la meilleure arme ?
Car comme disait un vieil ami africain :
« Qui pète plus haut que son cul a de la merde dans les oreilles ».